Invité


 Le genre de journée où l'on préfererait rester au lit [Pv Azaan]

 :: Cimetière RPs
Quand il avait intégré son poste de Lieutenant, on lui avait presque vendu du rêve en lui affirmant avec conviction qu'il allait être un agent de terrain. Sortir, se défouler, faire son job loin de tout et de tout le monde. Et sur le papier c'était prometteur, oh oui. Et puis la réalité était arrivée. Cette foutue réalité qui s'amusait à saper chaque petit moment de joie qu'il avait dans sa vie. Réalité qui s'était traduit par une bonne dose également de paperasse et d'heures dans son bureau.
C'était pour cette raison qu'il avait failli arriver en retard ce matin. Parce que la perspective de passer sa matinée coincé entre quatre murs et un bureau en fer ce n'était pas la grande joie. Mais bon, il faisait son job et correctement malgré tout, alors on allait pas lui reprocher de faire régulièrement des excursions pour tenir le coup à grand renfort de café. La première moitié de matinée passée à prendre la déposition d'une personne, il était partie vers la machine délivrant le liquide salvateur.

C'est sur le chemin de retour au bureau qu'on lui avait dit qu'il était attendu.
C'était peut être pour lui faire accélérer le pas? Raté.

Mais il y avait bien quelqu'un dans son bureau, qu'il contourna pour aller à sa place. Ce n'était pas exactement des inconnus qu'il croisait aujourd'hui, c'était des témoins ou diverses personnes liées de près ou de loin aux différentes enquêtes sur lesquelles il bossait. Et là? il haussa un sourcil devant l'homme qui se trouvait de l'autre côté du bureau, la mine quelque peu abattue (euphémisme, quand tu nous tiens), mais ne fit aucun commentaire, alors qu'il vérifiait simplement à quel dossier était rattaché l'homme qui lui faisait face.

- Lieutenant Grant, je suis celui qui va s'occuper de vous aujourd'hui, se présenta-t-il simplement, alors qu'il tirait une sucette d'un de ses tiroirs.

Il avait toujours des réserves. Partout. Le sucre aidait à tenir la journée, le bonbon à occuper sa mâchoire.

- Je ne vous fais pas l'affront de vous redire pourquoi vous êtes là. Commençons en douceur avec les informations habituelles. Nom, prénom, date de naissance, profession... fit-il avec un mouvement de la main pour signifier qu'il voulait toutes les informations administratives habituelles et que l'homme qui lui faisait face pouvait aisément deviner celles qu'il n'avait pas dite.

Pour sa part, il venait de mettre la sucette dans sa bouche et il avait commencé à griffonner les informations qu'il pouvait déjà remplir. Son propre nom, l'heure de la déposition, etc.

- Ensuite nous pourrons passer à la déposition en elle même. Prenez votre temps. Tous les détails sont importants. Tous, insista-t-il.

Pas comme la précédente, qui était restée vague et à qui il avait dû presque littéralement tirer les vers du nez. Il détestait ça. Perte de temps.
Son nom couché sur le papier il releva les yeux vers l'autre homme, attendant les informations qu'il désirait.
Invité


 Le genre de journée où l'on préfererait rester au lit [Pv Azaan]

 :: Cimetière RPs
Azaan faisait partie des personnes les plus patientes du monde. On n'aurait sans doute jamais parié là-dessus en le voyant de prime abord, et c'était bien naturel : il ne l'était qu'avec les gens. On pouvait lui marcher sur les pieds dix fois dans une file d'attente, il s'en fichait. Un enfant qui pleurait dans les transports ? Il était le premier à proposer à l'heureux responsable de la poussette de  bercer lui-même le petit bout de chou jusqu'à ce qu'il se calme. Maintenant, passons aux choses. Une photocopieuse qui ne marche pas ? Une cafetière capricieuse ? Un escalator qui s'arrête au milieu d'une remontée olympique ? Et pouf ! Patience envolée, patience broyée et nerfs empelottés. Dans ce cas précis, la situation était un peu entre les deux : c'était bien une personne dont il s'agissait, mais le fait d'attendre qu'elle finisse sa déposition le rendait dingue. Pour sa part, ça risquait d'aller vite, très vite, même. Shaya n'avait pas fait dans la dentelle, de toute façon. Et puis, le plus gros morceau serait Brume, mais parviendrait-il à en parler ?

Il soupira longuement et laissa son genou tressauter pour évacuer le stress. Il fallait qu'il évoque le cas de sa fille. Son avocat pour le divorce l'avait appelé la veille. Certes, ils avaient été rapides sur le dossier, à vrai dire le simple fait qu'elle l'ait poignardé était sans appel, mais sa femme avait été bien plus rapide encore. Elle prétendait que c'était lui qui avait tué leur fille. Tout le monde savait que c'était faux, mais le doute pourrait venir à planer, et si elle manipulait bien la chose, avec sa poisse légendaire, ça pourrait bien finir par lui retomber dessus. Pour une fois dans sa vie, il allait devoir devenir vraiment salaud et la devancer. Un sourire amer se dessina sur ses lèvres. Elle qui voulait à tout prix mourir, la voilà tremblante de peur devant la punition à ses actes. C'était pathétique.

Il était resté dans le couloir, sur cette chaise métallique qui lui sciait les cuisses, toute la matinée, ou presque. Il avait rendez-vous pour faire sa déposition vers dix heures, il était arrivé en avance, par pure habitude. Et il avait attendu, attendu. La tension était montée, montée. Et il avait juste envie de hurler. Mais ça ne ferait rien avancer. Au contraire, au milieu d'une bande de loups pareille, mieux valait ne pas leur tendre le bâton pour se faire battre. On le prendrait pour un fou et ses paroles n'auraient pas beaucoup de crédit.
Et puis il avait vu la personne avant lui sortir, derrière elle une sorte de montagne. Il fut surpris de voir une personne nettement plus grande que lui, mais il en fallait bien une. Azaan devait mesurer dans les un mètre quantre-vingt-quinze, enfin c'était approximatif, il ne s'était jamais mesuré que pour refaire sa carte d'identité et il ne parvenait jamais à se souvenir d'un chiffre aussi insignifiant pour lui. Mais là, monsieur avait l'air d'être encore plus grand. Et beaucoup moins maigre. Et ça n'était pas bien difficile. Il avait attendu comme un con dans le couloir que quelqu'un vienne le chercher. Avec un peu de chance, quelqu'un de plus aimable viendrait le chercher ? D'ordinaire, il s'en serait bien fichu, mais là, il était d'une humeur de chien. Et il n'avait pas envie de se faire secouer les puces de trop.

Un agent aimable vint le chercher, espoir ! On lui dit que le lieutenant revenait, désespoir ! Il eut une idée parodique qui lui vint presque comme un réflexe, et il aurait aimé s'en réjouir, mais il n'y parviendrait sans doute pas. Ô rage ! Ô désespoir ! Au policier qui par cette porte sorti, je ne partirai point tant que vous ne m'aurez souri ! Vu la tronche qu'il tirait, ça ne risquait pas de le faire sourire, même s'il lui grattait les dessous de pieds à la paille de fer... Mais, le lieutenant, ça pouvait être n'importe qui, non ? Allez, espérons, espérons !

Il attendit. Encore. Des minutes qui lui paraissaient des heures, insoutenables, à deux doigts de le rendre fou. Il se serait bien levé si son mal être ne l'avait pas littéralement vissé à son siège au point qu'il se sente incapable de se lever sous peine de s'effondrer dans la seconde. Puis la porte de prison revint. Bordel, c'était lui... Génial. Avec un peu de chance, il serait suffisamment compréhensif pour compenser. Compétent, ça serait déjà pas mal.

« Enchanté. »

Tu parles. Il avait déjà une tête d'enterrement et le teint blafard à cause de la perte de sang. Enchanté était bien le dernier mot qui pouvait sonner juste dans sa bouche. Mais tant pis, au moins on ne pourrait pas lui reprocher de ne pas avoir été poli. Encore que les termes « commencer en douceur » prononcé par cet homme frisaient aussi la limite du dicible. Un léger rictus se dessina dans sa barbe de trois jours tandis qu'il se redressait légèrement sur son siège pour présenter un peu mieux. Il attendit que le stylo s'arrête pour commencer à parler de sa voix caverneuse, très morne, contrairement à son habitude. Si ses amis de la radio le voyaient dans cet état, ils n'y croiraient sans doute pas !

« Azaan Kazeumi. Avec deux A pour Azaan. Né le 10 mars 1987 à l'hôpital central. Hybride grizzly, j'espère que j'en resterai à hybride. Animateur radio chez R.A.S. Pour l'instant encore marié à Shaya Kazeumi, la personne qui m'a agressée, et... père adoptif de Camila Delacroix et père biologique de Brume Kazeumi, décédée l'année dernière. Mon domicile est 4 rue de la Ferronerie. S'il vous faut autre chose... »

A priori, il n'y avait pas d'oubli, mais on ne savait jamais. Des fois qu'il lui demande son numéro de sécurité sociale... Allez, il ne fallait pas être de mauvaise foi, cet homme était là pour l'aider, pas pour l'enfoncer, après tout. Il se racla la gorge le plus discrètement possible tandis que le lieutenant Grant remplissait toutes les informations. Il avait la méthode pour prendre les interrogatoires, pour poser les bases. Bien sûr, c'étaient des phrases toutes faites, il fallait cependant savoir les dire, et malgré une inamabilité à toute épreuve, une sorte de rudesse, il y avait une sorte de sincérité qui lui comprima immédiatement la gorge. A cet instant précis, il aurait préféré être tombé sur une machine complètement inhumaine, par sur une sorte d'ange gardien digne d'une toile de la Renaissance avec un cœur gros qui avait l'air d'être gros comme le point. Il le détestait sans vraiment savoir pourquoi, en se disant que ça ne pouvait pas être de sa faute. Ce type n'y était pour rien, mais il pouvait encore faire quelque chose pour lui. C'était peut-être le moment de se risquer à lui dire ce que Shaya avait fait, un an plus tôt ? De nouveau il se racla la gorge. Il était de plus en plus mal à l'aise, il se sentait minuscule et terriblement grand à la fois dans ce siège ridicule, dans ce bureau maussade, face à ce policier digne d'une couverture de magazine de mode. Sérieusement, ça ne pouvait pas être plus parfait.

« Je... En fait, l'agression en elle-même, ça ne prendra pas beaucoup de temps pour en parler. C'est allé assez vite, mais... Comment dire ? Il y a eu des faits avant, je... J'ai eu la bête idée de tout faire pour éviter une enquête mais là, si je ne fais pas remonter cette histoire, ça va me retomber dessus. Et je ne vous cache pas que je m'en fiche un peu d'aller en taule, vu le champs de ruines qu'est ma vie en ce moment, mais quitte à devoir y aller, je préfèrerais que ça ne soit pas parce qu'on m'accuse d'avoir tué ma fille. »

Il se tordait les doigts, lâchait ses mains, pinçait son jean, se retordait les doigts, lissait son pull, se grattait l'avant-bras, la nuque, se retordait les doigts... Il était complètement à vif, ne sachant plus trop quoi faire pour ne pas se mettre à chialer comme une Madeleine qui éplucherait des oignons. Il passa le bout de sa langue sur ses lèvres pour les humidifier. Peut-être commencer par procéder par ordre, non ?

« Peut-être on va commencer par le début, hein ? Je vous avouerai que je ne me souviens plus des dates, je suis resté assez longtemps en soins intensifs et c'est un peu confus, mais je pense que vous, les dates, vous les avez. Ma fille adoptive, Camila, était venue me voir à la radio, sa mère était sortie, je pense, elle l'avait déposée au travail. Je suis parti un peu plus tôt, du coup, quand elle est là, on me dispense de ménage. On est rentrés, Shaya... Ma femme était couchée. Enfin, je l'ai supposé, je ne l'ai pas vue. Quand je n'étais pas là, elle allait se coucher dans le bureau au rez-de-chaussée. Ça faisait un petit moment qu'on ne dormait plus ensemble, je dois dire. Apprendre qu'elle me trompait ça m'a... ça m'a un peu refroidi. Oui, je sais, vous voulez savoir où j'ai trouvé une pareille perle, mais croyez-moi, vous n'êtes pas prêt pour ce genre de bonheur. » Il essayait d'être drôle, il pouvait toujours essayer avec ce genre de type en face. « Camila n'a jamais dérangé Shaya. En fait, je ne savais pas vraiment ce qui lui prenait ces derniers temps, mais elle ne supportait plus rien. Elle est arrivée dans la cuisine avec son fauteuil, et elle m'a demandé de virer Camila. On peut me demander de faire beaucoup d'efforts, mais faire repartir mes filles à presque minuit, c'est même pas en rêve. »

Il déglutit péniblement. Tout allait avoir l'air flou, mais il lui expliquerait la suite plus tard, s'il s'en sentait la force.

« Et puis ma femme a pété les plombs. Elle m'a demandé pourquoi je ne l'ai pas tuée après tout ce qu'elle m'avait fait. Elle voulait mourir, soit disant. Je me suis levé, je lui ai collé deux bouteilles pleines et tous les médicaments sur le plan de travail, et je lui ai dit qu'elle pouvait se débrouiller toute seule. Et le temps que je fasse un tour complet sur moi-même pour me rasseoir, elle m'a poignardé. »

Il soupira. Un nouveau sourire amer se dessina sur ses lèvres. Ironie, quand tu nous tiens.

« Je me rends compte que dit comme ça, ça a l'air d'être parfaitement justifié pour elle. Je vais passer pour un parfait tyran. Avec encore un peu de poisse, vous allez me coffrer avant la fin de ma déposition pour harcèlement moral. »
Invité


 Le genre de journée où l'on préfererait rester au lit [Pv Azaan]

 :: Cimetière RPs
Sans un mot le policier commença à compléter avec les informations qui lui furent donner. Bien. Droit au but sans blabla inutile, c'était un très bon début. Un mouvement de tête pour confirmer qu'il avait toutes les informations administratives qui l'intéressait et on pouvait en venir au plus gros de l'entretient. Les faits. Qu'il écouta sans son et sans autre geste que la prise de note. Ses yeux scrutaient indifféremment le visage et la gestuelle, notant le regard, les mains, les doigts, le sentiment de malaise et d'anxiété... pas spécialement positif pour le coup mais il le mettait temporairement de côté. Ce n'était pas spécialement surprenant quelque part. On parlait d'un type qui s'était fait poignardé.

- Aucun détail particulier qui vous reviendrait lors de cette attaque? Que ce soit sur le coup ou après réflexion. Rien d'autre à signaler?

Oh et... Oui, il resta particulièrement indifférent aux tentatives de blagues, se contentant d'un haussement de sourcil. Une tentative pour s'auto rassurer peut être? il n'allait pas commenter? Sa perle à lui avait disparue de ce monde beaucoup trop tôt. On allait éviter d'y penser. Pas le moment.

- Il n'y a aucune justification valable quand il s'agit de s'en prendre à la vie autrui, se contente-t-il de répondre avec un froncement de sourcil.

Il avait rencontré la responsable. Comme son mari, elle avait dû donner sa version des faits, mais il se souvenait bien de son visage et de son regard. Après, il ne voulait pas prendre partie, ce n'était pas son rôle. Ce qu'il avait dit était un fait: aucune raison ne pouvait servir d'excuse pour prendre une autre vie. Celles qui s'en prenaient à elle même... C'était leur problème. Mais les autres? Non. C'était cet élément là aussi qui compliquait parfois la tâche lors d'une enquête. Les proches des personnes mises en cause prenaient presque automatiquement et parfois involontairement le parti de l'un ou l'autre, ce qui donnait parfois des choses... rigolotes... comme un individu qui passe de "adorable, gentil, avec le cœur sur le main" à "enfoiré de première qu'on se demande comment on a pu le fréquenter pendant une dizaine d'année."

- Bien, alors on va commencer à farfouiller un peu dans les détails, histoire d'essayer de comprendre toute l'histoire. A quel moment ça a commencé à se dégrader entre vous deux? Un élément déclencheur, un comportement agressif peut être? Vous parliez de faits antérieurs, ça tombait bien qu'Azaan ait évoqué ça tiens.

Haa, il y avait aussi l'enfant. Camila. Qui n'était pas encore passé par cette case mais ça ne tarderait pas. Elle était témoin et donc la police allait lui demander sa version aussi. Pour le coup ce n'était sans doute pas lui qui allait s'y coller. Il avait du mal avec les gosses et les adolescents encore plus. Surtout quand on lui expliquait avec moult force et arguments pourquoi il devait être tout gentil et compréhensif, et surtout ne pas brusquer les choses.

- Y avait-il des problèmes du genre... Alcool... Drogue... Argent... fit le policier, citant les plus classiques et connus comme exemple, Et avec vos enfants...?

Sa voix était neutre, il posait ces questions de façon presque bénigne comme si c'était sans importance, ou presque. Il savait aussi qu'il était peut être en train de s'aventurer sur des sujets glissants et pas forcément désirés par la personne qu'il interrogeait. Aucun remord ne l'étreignit à l'idée de faire peut être ressortir des moments douloureux.

Quoi? Il faisait juste son job.
Invité


 Le genre de journée où l'on préfererait rester au lit [Pv Azaan]

 :: Cimetière RPs
Bien, tout était parfaitement simple et efficace, ça ne prendrait pas beaucoup de temps. C'était mieux comme ça. Avec un peu de chance il aurait le temps de finir avant l'heure du repas et peut-être inviter sa sœur à manger, histoire de décompresser. Mais pour le mériter, il faudrait d'abord tout déballer, dans les détails. Et ça ne serait pas facile, il faudrait bien trouver la force d'avouer qu'il avait échoué dans son rôle de père, celui qui lui imposait au plus profond de son être de toujours protéger cet enfant si cher qu'elle lui avait donné avec finalement tant de mauvaises grâces. Décidément, il s'était bien planté sur toute la ligne avec cette fille... Et il avait bien raison, ce con de flic avec ses airs de playboy à dix sous, rien ne justifiait le fait de s'en prendre à la vie de quelqu'un, rien. Absolument rien. C'était bien pour cette raison qu'il s'était contenté de mépriser sa femme et de ne pas lui faire de mal, après tout, non ? C'était bien pour cette raison qu'il n'avait jamais frappé personne, de toute sa vie. Pas même son père quand il lui avait presque défoncé la mâchoire à coups de poing. C'était peut-être aussi pour cette raison qu'il n'avait pas porté plainte contre lui, alors qu'il aurait pu. Parce que rien ne justifie le fait que l'on fasse du mal à autrui, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qui peut bien justifier la violence ou l'agressivité quand la vie peut être aussi simple qu'une journée bien chargée, se terminant par la vision paisible d'une petite fille, sa petite fille, à lui, qui sourit à demi dans son sommeil en sentant sa grande main sur sa tête ?

Il était un imbécile heureux, il n'y avait bien que cette réponse qu'il pouvait donner. Et le simple fait que le lieutenant lui demande si ses enfants avaient pu être le problème le rendait plus amer encore. Il fixait le sol, essayant de calmer son envie de sauter partout, de courir, de taper dans tout ce qu'il pourrait trouver, de hurler sa rage contre ce monde de merde et finalement de se jeter du dernier étage du bâtiment pour terminer en beauté en emmerdant les seules personnes qui ne l'avaient jamais emmerdé de sa vie : les employés de la mairie responsables du ménage sur la voie publique. Le seul avantage résidant dans le fait que les policiers n'auraient pas à bouger leur cul pour venir le voir et résoudre l'affaire : ils pourraient même dicter leur rapport à leurs gratte-papier sans quitter le lieu de leur pause café.

« Le problème c'est moi. Tout entier. Bon, je bois occassionnellement et je fume pas mal, ça n'importe qui pourra vous le dire, mais j'ai toujours fait en sorte que ça n'impacte pas ma vie. J'aime pas les excès, de toute façon. Non, le truc c'est que j'ai connu ma femme, j'avais quoi ? Vingt ans. Disons vingt-et un grand maximum. Au départ je l'admets, sans elle, j'aurais pas fait grand chose, elle gérait plein de trucs, de papiers ; quand j'ai trouvé du travail, elle m'encourageait pour que je prenne confiance en moi. Je suis une vraie catastrophe quand il s'agit de parler de moi, je pourrais presque m'accuser d'être moi-même tombé sur le couteau si on me manœuvre bien. Et puis j'ai fait comme tout le monde : j'ai grandi, j'ai vieilli. Et j'ai commencé à beaucoup m'occuper d'elle, ça me semblait normal. Après tout ce qu'elle avait fait... Et c'est de ma faute, j'aurais dû continuer à être un éternel gosse, pour qu'elle puisse faire encore semblant d'être la seule personne à pouvoir me supporter et pour qu'elle ne se sente pas inutile. Mais je ne pouvais pas la laisser tout faire, j'avais besoin de lui montrer que je l'aimais, que je voulais prendre soin d'elle. »

Il soupira longuement et passa sa main dans ses cheveux en bataille pour les remettre en place.

« Et puis le deuxième problème est arrivé. Au départ je pensais qu'elle était contente qu'on ait Brume, elle s'occupait tellement volontiers de Camila, elles s'adoraient, toutes les deux. Elle a commencé à mettre Camila de côté, elle me disait qu'elle ne pouvait pas gérer deux enfants, mais c'était un argument à la con. Camila était difficile quand elle était petite, c'était normal, on lui avait dit pendant six ans qu'elle n'avait pas de papa, puis d'un coup on lui a dit qu'un abruti fini avait signé une adoption et qu'elle avait un père. Y avait de quoi être difficile à vivre. Mais elle avait déjà neuf ans quand Brume est arrivée, et ça se passait beaucoup mieux. Elle s'agaçait beaucoup dès que Brume faisait quelque chose, aussi. Elle n'arrêtait pas de la punir, de l'envoyer au coin pour un oui ou pour un non. Du coup quand j'étais à la maison, j'essayais de m'occuper au maximum de ma fille, elle était toujours collée à moi, de toute façon. Je sais pas si c'était par jalousie ou pour une autre raison stupide, Shaya a commencé à me tromper. Je m'en suis rendu compte assez vite, je suis trop gentil mais pas encore trop con. Puis quand on est hybride, on sent souvent plus facilement les odeurs, alors je vous laisse imaginer l'effet que ça fait de vous foutre au plumard et de sentir une odeur inconnue dans vos draps... »

Il sentait ses mains trembler. Il allait finir par devoir tout dire, sinon justice ne serait pas rendue, et il ne comptait pas payer ce crime pour elle. Pour une fois dans sa vie, il se disait qu'il ne le méritait pas. Alors pour une fois dans sa vie, il se disait qu'il avait peut-être raison.

« Je ne vous cache pas qu'une fois, je l'ai surprise. J'étais malade, je suis rentré plus tôt du travail. Evidemment, elle ne s'y attendait pas, je n'imaginais pas qu'il fallait que j'appelle pour rentrer dans ma propre maison sans mauvaise surprise. Je... J'ai peut-être un peu couru après ce type dans la rue sous forme animale, mais c'était pour m'assurer qu'il ne reviendrait plus. Je lui ai même renvoyé ses chaussures à son adresse personnelle par la poste, je suis pas salaud non plus. Enfin, c'est peut-être le seul aspect comique de la situation, elle a commencé à devenir de plus en plus amère, de plus en plus agressive. Elle m'a fait peut-être une ou deux scènes parce que je dormais sur le canapé, au début, puis comme de toute façon j'ai trop bon caractère pour m'engueuler avec qui que ce soit... Elle s'est calmée quand elle a vu qu'au mieux je me taisais, au pire j'allais faire un tour. Un moment donné, j'ai cru que ça s'était définitivement calmé, que ma vie allait reprendre un cours à peu près normal. Je ne me doutais pas qu'elle était capable d'une pareille horreur... »

Il déglutit péniblement et ferma les yeux, sentant que déjà des larmes se frayaient leur chemi sur son visage qui commençait à se rider légèrement. Il n'allait pas se mettre à chialer dans ce bureau froid devant ce mec encore plus froid, quand même ? Et pourquoi pas, après tout ? Qui pouvait-il bien être pour le juger ou lui donner de la compassion ? Azaan n'en avait rien à cirer qu'on ait de la peine pour lui, tout ce qu'il voulait, c'était la paix. Une bonne fois pour toute. Quitte à devoir se tirer une balle une fois que tout serait terminé. Comme un point final à une histoire qui avait déjà beaucoup trop de ponctuation, une ponctuation douloureuse, qui se faisait plus lourde à chaque souffle, à chaque pas.

« C'était un jeudi. Je suis rentré à l'heure habituelle, à l'époque, vers vingt-et-une heures. Normalement, Brume était couchée et Shaya aussi, elle me laissait juste la lampe de l'entrée allumée pour pas que je la réveille en me cognant contre un meuble. Là, la lumière était allumée dans trois ou quatre pièces, dont la salle de bains à l'étage. J'ai entendu un grand bruit... » Il s'arrêta un moment pour réfléchir. « Un genre de bruit de chute, mais presque comme si quelqu'un s'était évanoui, vous voyez ? J'ai couru à l'étage et... » Il s'arrêta net dans sa phrase et écarquilla les yeux légèrement, se redressant de sa position, le visage appuyé dans l'une de ses mains. « Merde ! »

Il se leva d'un coup, et fit quelques pas dans la pièce, revint dessus, repartit, grinçant des mots incompréhensibles entre ses dents avant de finalement sortir une phrase intelligible.

« La garce, j'vais la fumer. » Il revint ver la chaise mais resta debout, les mains appuyées sur le dossier. Le policier en face ne devait pas tout comprendre, alors avant que lui aussi ne pète les plombs, il valait mieux tenter de s'expliquer le plus calmement possible. Il commença par se rasseoir. « Shaya n'était pas capable de monter à l'étage sans qu'on l'y porte, elle n'avait plus aucun usage de ses jambes. Ça faisait déjà un moment qu'elle dormait dans mon bureau, au rez-de-chaussée, et vu que ma fille était hybride, elle lui faisait prendre son bain dans une bassine qu'elle remplissait, il n'y avait aucune raison pour qu'elle soit en haut. Putain, je suis vraiment trop con. » Cette dernière phrase s'était étouffée dans sa gorge, le visage plongé dans l'une de ses mains. Oui, bordel, il avait officiellement été le pire père de la création, le pire super héros qui avait laissé crever sa fille sans punir un crime aussi odieux. Et oui, putain, il allait enfin se mettre à chialer. Pour toutes ces fois où il n'avait pas cédé pour garder sa dignité. A quoi bon jouer de l'orgueuil quand l'on vaut tout juste la peine de ne pas se jeter sous une voiture tout de suite ?
Invité


 Le genre de journée où l'on préfererait rester au lit [Pv Azaan]

 :: Cimetière RPs
De la part du policier, ce ne fut que silence et écoute. La sucette fondant lentement dans sa bouche, ses yeux passaient régulièrement de la feuille sur laquelle il écrivait à toute vitesse à l'homme en train de raconter sa version des faits. Une main écrivant, l'autre soutenant son visage, on aurait presque pu croire qu'il s'ennuyait. Indirectement... Un peu. Le lieutenant ne montra aucune émotion quand il sentit les sanglots commencer à faire trembler la voix d'Azaan. Le pire étant qu'il ne sentait pas vraiment coupable de ça. Il ne comptait plus pourtant le nombre de fois où on lui avait dit que ce n'était pas normal d'être aussi insensibles à autrui. Nouvelle du jour: il s'en moquait.
La seule chose qui l'intéressait, c'était les faits. Et si des gens lui soulignait que ce n'était pas un exercice facile que de parler de choses aussi difficile (ce qu'il ne contredisait pas, en passant), il répondrait avec le souvenir de la fois où il avait dû raconter les derniers instants de sa mère. De son père. Ou de Sélène.
Et en parlant de faits... Autant le début fut assez fluide, limpide et rapide... Autant, lentement, le récit se fit plus lent, plus hésitant et le policier comprit qu'on arrivait au cœur du problème et du drame. Chose confirmer par le brusque éclat de colère (si on pouvait appeler ça de la colère hein) et ne se lève pour commencer à faire des va et viens. Terminant sa phrase, toujours sans un mot, Leo laissa retomber son stylo et se redressa sur son siège, prêt à intervenir si nécessaire mais préférant laisser l'hybride se calmer tout seul s'il en était capable. Et après ils pourraient reprendre.

Alors... Il n'avait pas exactement prévu la crise de larme. Cela faisait un moment que ça menaçait et finalement il avait atteint le point où il avait craquer. Ouais, un vrai drama.

Et pour lui aussi c'était un instant critique. Il avait l'air de savoir comment consoler quelqu'un à votre avis? Pour autant, il ne se laissa pas démonter. Nononon. Lentement, il se redressa, délaissant les papiers pour faire le tour de son bureau, avant de venir poser sa main sur l'épaule d'Azaan, pressant légèrement.

- Rasseyez-vous, commanda-t-il, sa voix ne souffrant d'aucun refus.

Il n'attendit pas de réponse ni de geste, quittant tout simplement la pièce en silence pour retrouver l'atmosphère un peu plus frais des couloirs du poste.
...
Il avait besoin d'un café. Ouais. Encore un. Et donc, ce fut un peu plus de cinq minutes après qu'il revint dans la pièce ou se trouvait toujours Azaan, un gobelet du liquide noir et chaud dans la main... Mais pas que.
Peu d'empathie mais du savoir vivre, il déposa un gobelet de thé devant le nez de l'hybride alors qu'il retournait s'asseoir à son tour. Il devait aussi avoir un paquet de mouchoir dans un de ses tiroirs, qu'il tira de là pour le poser de façon à pouvoir être attraper par le témoin.

- Donc... Votre femme à l'étage avec votre enfant. Un problème sur lequel on se penchera après, fit-il, neutre.

Oui, parce qu'il y avait clairement un problème sur ce point là. Mais si on commençait à se perdre sur les hypothèses possibles ou la véracité ou non du récit, ils allaient en avoir pendant un trop long moment. C'était hors de question pour le policier. Pendant ce temps lui complétait les quelques phrases qui lui manquaient sur le rapport, alors qu'il commençait à siroter le breuvage amer de son gobelet.

- Essayons d'abord de terminer les grandes lignes de l'histoire. Donc... Vous avez couru à l'étage, et...

Ils en étaient là. Il releva le regard vers Azaan, attendant, patient. Très patient.
Invité


 Le genre de journée où l'on préfererait rester au lit [Pv Azaan]

 :: Cimetière RPs
Le flic en face de lui paraissait se foutre royalement de ce qu'il lui racontait, et quelque part, ça l'arrangeait. Avoir l'impression que toute cette histoire n'était finalement rien lui faisait penser que ce n'était rien et qu'il y avait bien plus grave dans la vie que sa propre femme étranglant son enfant. Même si a priori, c'était déjà pas mal sur l'échelle de l'horreur. C'était tellement facile de dérouler une histoire qui avait l'air sans importance. Beaucoup plus facile. Est-ce que c'est grave, docteur ? Oh non, trois fois rien ! Votre femme vous a trompé pendant plusieurs années avec des voisins ou des hommes rencontrés au hasard des rues, votre fille de quatre ans est morte étranglée en regardant dans les yeux une mère suffisamment égoïste pour la faire passer après ses désirs et vous avez survécu à un coup de couteau qui aurait pu vous être fatal et vous délivrez de toute cette poisse qui vous court après comme une jeune fille amourachée, mais voyez le côté positif de la chose : votre grande tante Leucémie a décidé de ne pas vous rendre visite.

Oui, tout semblait si facile, et pourtant, se rappeler à quel point on est le dernier des cons et des irresponsables pouvait tout faire basculer. Comme si son cerveau avait été le temps d'un instant une immense vasque remplie d'eau qu'un seul coup de pied avait suffit à renverser. Il aurait tant aimé pouvoir se contrôler une fois de plus, ne pas perdre sa dignité à ce point devant un parfait inconnu, mais c'était peut-être la fois de trop. Il y avait eu les douleurs abdominales, les journées sur les nerfs à ne pas pouvoir s'occuper l'esprit, les mauvaises nouvelles de la part de sa chère et tendre... Il ne savait pas ce qu'il lui faisait le plus mal, dans l'histoire : qu'il ait épousé un tel monstre sans s'en rendre compte ou qu'elle en soit arrivée à le détester suffisamment pour l'accuser du meurtre de leur fille. Pendant des jours et des jours il avait retourné ces dernières années dans tous les sens mais il ne trouva aucun réponse satisfaisante. Il avait fait tout ce qu'il fallait pour elle, pour que sa vie soit confortable, même quand elle aurait mérité qu'il la jette dehors. C'était lui-même, le problème, il l'avait bien dit avant de craquer comme un enfant. Peut-être que c'était un peu ça aussi, le problème : il ne laissait jamais rien transparaître pourvu qu'on lui fiche la paix. Perdre les pédales n'était pas inscrit dans le code génétique, même si parfois il aurait bien aimé pouvoir le faire. Elle aurait peut-être aimé une histoire où elle aurait été la seule à savoir ce qu'il ressentait au fond de lui, pouvoir se vanter d'être la seule personne à l'avoir vu dans des attitudes que personne n'avait vues de lui, mais non, non, désolé, ça c'était beaucoup trop lui en demander. Faire des câlins devant une vue de carte postale aussi ridicule que sans intérêt, pourquoi pas, et encore ça se négociait avec beaucoup de précautions, mais faire semblant d'avoir des états d'âme pour contenter madame, pas question ! Et puis quoi encore ?

Quand la main du policier se posa sur son épaule, il retint fermement un soubresaut intérieur. C'était quoi ça ? Décidément, rien n'allait aujourd'hui. L'espace d'un quart de seconde, il s'était vu lui sauter à la gorge ou lui retourner un coup de patte, comme pour se défendre. Mais se défendre de quoi ? Il y avait des fois où il commençait à se faire peur. Il pouvait devenir un ours, ce qui le rendait de base dangereux même quand il ne pensait absolument pas faire de mal à qui que ce soit, il n'avait pas conséquent pas le droit à l'erreur, pas même la plus infime. Sans un mot, il se rassit, se sentant encore plus vulnérable. Pourquoi vulnérable, d'ailleurs ? Il n'y avait aucune raison qu'il le soit, physiquement, du moins, et heureusement pour lui, il était dans le seul endroit d'Ariesten où personne n'allait s'en prendre à lui s'il ne faisait rien. C'était vrai, quel policier irait frapper un homme qui n'a strictement rien faire ? Alors c'était peut-être la peur de la pression psychologique ? Non, le molosse en face était beaucoup trop froid pour prendre en compte ce genre de paramètres, selon lui. Et à quoi bon s'acharner sur quelqu'un qui n'a pas besoin qu'on le fasse pour se mettre à pleurer comme une Madeleine qui éplucherait des oignons ? Blancs, les oignons. Et bien frais, bien juteux. Non, il n'était pas vulnrable il était juste pathétique, et il n'y avait aucune raison pour qu'un danger quelconque ne survienne. Tout ce qu'il devait respecter, c'était le fait de ne pas broncher. Il pouvait le faire. Ce ne serait pas évident, mais il pouvait encore le faire. Il lui faudrait juste un peu de temps pour faire redescendre la pression.

L'autre sortit sans un mot. Tant mieux, ça lui faisait de l'air. D'une certaine manière. C'était d'ailleurs étrange, comme expression. On pouvait la sortir alors même qu'on n'était pas en plein air et donc dans l'incapacité de vraiment respirer à pleins poumons de l'air suffisamment pur pour être souligné comme étant de l'air, puisque le propre de l'air, c'est de n'être pas notable. Il aurait bien volontiers employé le terme « vacances » à la place, mais non seulement il était déjà en vacances -enfin, en congé maladie, mais c'était tout comme-, il n'aimait pas ça, il serait donc plutôt stupide de rapprocher ce léger soulagement salvateur d'un état qui le gonflait au plus haut point. Pendant ce temps de répit -répit, quel terme agréable et approprié ! Il serait plus à même de juger la justesse de ce mot à la fin de ce temps imparti de façon impromptue et aléatoire mais il le trouvait déjà tellement plus proche de la situation-, il souffla. Il souffla longuement, devant avoir l'air d'être un parfait imbécile, mais il était seul alors il s'en fichait. Et quand bien même, depuis quand le ridicule le gênait ? Il avait passé des années à faire le con derrière un micro, il allait y retourner dans peu de temps, et il avait peur qu'on puisse rire de lui alors qu'il cherchait sans cesse à le provoquer chez les autres ? Un peu de sérieux, voyons, et soufflez, mon vieux ! Peu à peu il reprenait son calme, et en l'espace d'une minute, il fut parfaitement apaisé. Peut-être pas encore capable de reprendre le fil des évènements, mais calmé. C'était toujours ça de pris.

Il se redressa sur la chaise et souffla longuement une dernière fois. Oui, ça allait beaucoup mieux. Il se sentait toujours comme le dernier des minables, mais d'une certaine manière, il allait beaucoup mieux. Le temps passait lentement, beaucoup trop lentement. Ça avait le don de le rendre dingue, lui qui était incapable de rester cinq minutes à ne rien faire quand il était seul dans une pièce. Ce n'était pas pour rien qu'il était insomniaque, il était incapable de se poser, une vraie centrale électrique à lui tout seul. Une centrale électrique particulièrement inutile, d'ailleurs, ce qui le rendait plutôt agaçant pour ne pas dire tout à fait détestable. Azaan était toujours un sale gosse, et à son âge, il ne changerait pas. Il jeta un regard circulaire à la pièce, trouvant qu'il mettait le temps, le playboy des gardes à vue. Il foutait quoi, d'ailleurs ? L'ursidé préféra ne pas s'imaginer ce qu'il faisait, il avait trop peur d'être mauvaise langue et de se mettre à hurler de rire en le voyant débarquer avec la confirmation du scénario qu'il avait en tête. Vu le mur que c'était, il doutait fortement qu'il prenne le temps d'honorer de sa masculinité subtile une collègue de travail. Il en doutait également parce que lui-même trouvait la pratique sigulièrement pathétique. A moins que la collègue en vaille fortement la peine et que ce soit la personne qu'il vous faut, tant qu'à faire, autant rencontrer quelqu'un en dehors, c'était tout de même la preuve d'un semblant de vie sociale. Sociale ? Ce mec-là ? Haha, la bonne blague ! … Encore que, il n'en savait rien ! Qui était-il pour le juger, d'ailleurs ? C'était son boulot de ne pas être avenant et sympathique comme un réceptionniste de grand hôtel. Peut-être qu'en dehors il était tout le contraire, et quelque part, il ne doutait pas que ça puisse être le cas ; n'était-il pas lui-même bien différent derrière son micro et dans la vie quotidienne ? Bon, certes, il y avait énormément de naturel dans ses chroniques, mais comme il l'avait prouvé à l'instant dans ce bureau, il était aussi capable d'avoir un semblant d'humanité et une tonne de faiblesses.

La fenêtre tapissée d'un adhésif qui en obstruait la visibilité avec une sorte de motif en trois D isométrique attira son attention un moment. Quand même, laisser une personne aussi longtemps seule dans son bureau, il n'avait peur de rien. Est-ce qu'il avait évalué qu'il pouvait lui faire confiance ? Est-ce qu'il était suffisamment sûr de lui-même pour se dire qu'il aurait toujours le temps d'agir en cas de pépin ? Avait-il pensé que de toute façon, il serait obligé de passer devant lui pour ressortir en oubliant le fait qu'il pouvait parfaitement défoncer la fenêtre sans se faire mal et peut-être même arracher les gonds avec si le mur n'avait pas été refait récemment ? A sa place, il ne l'aurait pas été autant, il ne vaut mieux pas laisser un type qui peut se transformer en ours et à qui la vie en veut autant, même en rez-de-chaussée. Et encore, ils n'étaient pas en étages, c'était presque excusable. Son attitude aurait peut-être été différente, mais il maintenait que c'était tout de même risqué. Et s'il décidait d'aller se jeter sous la première voiture qui passerait ? S'il décidait de se barrer comme un fou en courant sous forme animale dans les couloirs, en poussant tout le monde ? Il aurait eu une sacrée surprise, d'ailleurs, car tout costaud qu'il était, il aurait sans doute eu du mal à arrêter un ours lancé dans sa course. Personne n'essaie d'ailleurs de lutter contre un ours, c'est fortement peu recommandé. Même si pour le coup, Azaan tenait plus de la peluche grandeur nature que du véritable danger ambulant, mais un malheur est si vite arrivé.

Le mastodonte revint pour lui poser de façon relativement aimable -dans son cas, parfaitement neutre et indifférente, mais c'était déjà ça!- devant son nez un gobelet en plastique rempli de thé fumant. Ouah... S'il s'y était attendu... Il avait bien fait de ne pas jaser intérieurement, tout compte fait. Il le remercia d'une voix un peu enrouée et réprima à demi une mine surprise en voyant la boîte de mouchoirs débarquer sur le bureau. D'une légère élévation du coin des lèvres il le remercia à nouveau et s'empara du bout des doigts du premier morceau de papier blanc qui ne demandait qu'à être pris. Rapidement mais avec beaucoup de minutie il s'essuya les yeux d'abord puis le nez, c'était mieux que renifler comme un malpropre pendant des plombes. Comme il avait repéré une poubelle sur le côté du bureau, il désigna d'un léger signe de tête qu'il allait se pencher pour se débarrasser du mouchoir et se remit en place, plutôt satisfait d'entendre qu'en effet, le fait que sa femme soit à l'étage était une question à soulever. Il n'était pas fou, une satisfaction comme une autre, si l'on pouvait vraiment parler de satisfaction dans un cas pareil. Il fallait cependant reprendre, et ça ne serait pas le plus simple. Il fixait un point invisible sur le bureau et décida tout de même de mettre une petite chose au clair avant tout débordement inutile :

« Je... Je sais que ça ne va pas plaider en ma faveur mais je... Faites gaffe. Tout à l'heure quand vous m'avez demandé de me rassoir -et c'était légitime, hein, je ne remets pas en cause votre travail- ça a pris le temps d'un battement de cils mais j'ai eu l'impression que je me retenais de vous attaquer. Les médecins m'ont dit que je risquais d'avoir des réflexes défensifs pendant encore un petit moment mais je préférerais éviter que ça ne se transforme en autre chose. Alors, juste faites attention et s'il le faut je... je sais pas, tiens, assommez-moi à coups de chaise. Je préfère mille fois finir à l'hosto que blesser quelqu'un, une chaise ça me paraît être un bon compromis. » Il s'était lui-même surpris à terminer sa phrase avec beaucoup de nonchalance, comme s'il parlait de la pluie et de beau temps et pas de se faire défoncer le crâne par Apollon armé d'une chaise de bureau métallique. Simple déformation professionnelle.

Il s'installa à nouveau sur sa chaise, le gobelet entre ses mains. Reprenons, reprenons. Il fixait un point sur le bureau sans trop savoir pourquoi celui-là, mais ça l'aidait à ne pas à se repasser entièrement le film dans sa tête, ou du moins de ne pas avoir les images qui lui sautaient à la figure.

« Quand je suis arrivé dans la salle de bains, j'ai vu ma femme jetée sur le sol. Je ne sais pas si elle était à genoux juste avant, tout ce que je sais, c'est que le bruit venait d'elle quand elle est tombée. J'ai entendu... Je ne sais plus si j'ai vu l'eau ou si j'ai entendu les remous dans la baignoire en premier, ça m'a pris moins d'une seconde pour sortir ma fille de l'eau. Elle était... glacée. Ma fille, je veux dire. Remarquez, l'eau aussi. Elle ne respirait plus, je l'ai posée sur le sol et j'ai essayé les gestes de premiers secours pendant un bon moment. Massage cardiaque, respiration artificielle... Rien n'y a fait. Puis je ne sais pas pourquoi, d'un coup ça m'a sauté aux yeux, elle avait des marques sur la gorge... » Il passa la langue sur ses lèvres et souffla longuement. « C'étaient des marques de mains. »

Une nouvelle pause. Il sentit son estomac comme se nouer d'un coup. Exactement comme ce soir-là. Il posa l'une de ses mains sur son ventre. Il espérait ne pas devenir plus livide que ce qu'il ne l'était déjà mais il ne pariait pas sur la compassion du type en face de lui, de toute façon. Tant mieux, il n'aimait pas les démonstrations de prise en pitié. Il déglutit péniblement et respira longuement avant de remettre sa main de façon hésitante autour du gobelet, comme si ce sursaut de la part de son système gastrique pouvait revenir à touts moments.

« Pardon. Vous allez sans doute trouver ça ridicule mais... Non, bien sûr que non, pourquoi je vous juge comme ça ? Vous avez dû en voir des pires, vous allez trouver ça relativement dans la norme mais quand je me suis rendu compte que ma fille était bel et bien morte et qu'elle avait été étranglée, je suis parti en courant pour vomir. J'ai dû mettre quatre, cinq minutes avant de reprendre mes esprits puis j'ai appelé la police immédiatement. J'aurais dû, mais je n'ai pas eu le courage de porter plainte contre ma femme, et je ne sais pas ce qu'il y a dans le rapport du légiste, mais je crois que personne n'a été duppe. Même si je sais que quelques de vos collègues avaient insisté pour qu'on approfondisse les choses, j'ai été stupide et je suis resté les deux pieds dans ma connerie. »

Sans cesser de fixer le même point, il porta le gobelet à ses lèvres, sentant sa main qui le tenait trembler légèrement. C'était vraiment si éprouvant que ça de raconter une histoire aussi bête ? Ou c'était lui qui devenait une grande chiffe molle ?

« Je ne vous souhaite pas que ça vous arrive et j'espère sincèrement que ça ne vous est jamais arrivé mais c'est déjà dur d'avoir à faire face à la mort de quelqu'un mais quand c'est votre propre enfant... Un moment j'ai cru que j'allais me foutre en l'air, je me sens tellement comme le dernier des ratés... Vous vous rendez compte que si j'étais arrivé cinq minutes plus tôt, elle serait encore là ? Je me serais bougé le cul ou j'aurais eu la grippe, elle serait encore là. Au lieu de ça j'ai juste pu regarder son cadavre et payer son enterrement en essayant de garder bonne figue et du coup passer pour un monstre sans cœur. »

Il se dédica à reposer le regard sur son interlocuteur presque trop bavard.

« Je sais déjà que ma femme a tenté de me mettre la mort de ma fille sur le dos. Je ne sais pas comment mon avocat l'a su, mais il me l'a dit avant que je vienne. Il fallait que je fasse comme si je ne savais rien. Tout ce que je sais, c'est que ma femme est la personne la moins courageuse de ce monde et qu'elle va tout faire pour ne pas atterrir en prison tout comme elle a tout fait pour ne pas avoir à se tuer elle-même, donc avant qu'elle n'entreprenne quoi que ce soit d'autre contre moi... » Il soupira. Il l'avait formulé des dizaines de fois dans sa tête, pourtant ça lui semblait si difficile à sortir, d'un coup. « Si vous avez besoin de mes empreintes digitales, de celles de mes mains, ou de n'importe quel test qui pourrait vous aider à éclaircir tout ça, je suis à votre entière disposition... » Un léger rictus pour la forme fit son apparition au coin de ses lèvres. « J'allais vous dire « Professionnellement uniquement » mais je vais vous épargner mes mauvaises blagues. Je ne suis pas au boulot et puis je n'ai pas spécialement envie de vous contrarier. »

Bon, tout était dit, n'est-ce pas ? Il ne restait plus qu'à fignoler les détails. Avec un peu de chance, il en avait dit assez et il pourrait mettre fin au supplice, mais il en doutait fortement.
 
Le genre de journée où l'on préfererait rester au lit [Pv Azaan]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Le genre de journée où l'on préfererait rester au lit [Pv Azaan]
» Une journée en Afrique
» Une journée à Soissons
» La journée internationale de l'alphabétisation sera célébrée ce 8 septembre en H
» Un journée presque comme les autres.../ PV électrique/

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ariesten :: Cimetière RPs-
Sauter vers: